CGT Renault Lardy : Sous-traitants et Prestataires

Publié le par Fédération CGT des sociétés d'études

Le Mercredi 29 Octobre, lors de la réunion du CE, M. PROST a annoncé sa politique et ses orientations concernant la prestation et les RTX. Ces 2 questions sont intimement liées. L’objectif de la direction est clairement une « Meilleure utilisation des RTX avec une accélération de la baisse de la sous-traitance et une anticipation de la prestation de niveau 4 en Europe ». La direction annonce vouloir passer de 1246 ETP pour le budget 2008 à 624 ETP pour le budget 2009 soit une réduction de 50% et c’est ce qui est se joue actuellement en cette période de renouvellement de contrat de prestation.


Des choix politiques de la part de la direction

La direction nous avoue que la sous-traitance a été utilisée en Europe de l’Ouest, essentiellement pour accommoder les variations de charge et que cela coûte cher. (C’est ce que la CGT dit depuis des années en proposant d’embaucher les prestataires qui le souhaitent). Alors aujourd’hui, que Renault a des ressources disponibles dans les RTX, que ça coute moins cher, elle arrête brutalement la sous-traitance et la prestation pour répondre aux demandes de réduction de budget.

Lors d’un précédent CE, M Ambroise (Directeur du Développement des Ingénieries Internationales) avait tenu les propos suivants qui illustrent clairement quelle conception la direction a de l’utilisation des prestataires et quel « respect » elle peut porter aux salariés qui travaillent depuis des années pour Renault (ce sont des extraits de minutes de CE, c'est-à-dire que c’est mot pour mot ce qui a été dit en séance.)

M. AMBROISE – « Vous savez aujourd’hui que la sous-traitance nous l’utilisons, en Europe de l’Ouest, essentiellement – on l'a peut-être oublié – pour accommoder nos variations de charge. Etant donné que nous avons une réglementation du travail qui est assez stricte, cette fluctuation de charge ne peut pas se traduire par le fait qu'on ajuste en permanence nos effectifs. Nous faisons recours à la sous-traitance. En fonction des législations, le recours à la sous-traitance est plus ou moins important. Aujourd’hui, nous avons accepté d'avoir une sous-traitance qui est limitée entre 10 et 15 % par RTx de manière à ce que, lorsqu'il y a des coups d'accordéon, on puisse ajuster notre sous-traitance à nos besoins.

La deuxième chose aussi pour laquelle nous avons de la sous-traitance dans certains cas, c’est en attendant qu'on ait la compétence qu'on puisse quand même assurer le service et intégrer petit à petit la compétence dans le RTx. La sous-traitance peut être un moyen de le faire. »

 « Ce n’est pas la même exactement parce que, ici (en France, NDLR), l’objectif est, très clairement, de pouvoir, si on a un coup de Trafalgar, se débarrasser rapidement d’une force de travail. Là-bas (dans les RTX), la législation du travail est beaucoup plus souple. Si je veux me défaire d'un collaborateur, j'ai beaucoup moins de difficulté à le faire en Inde, en Amérique latine, en Corée qu’ici. C’est aussi simple que cela. »

 « 500 millions d'euros, un demi milliard d’euros. Un demi-milliard d’euros est donné aux sous-traitants pour faire des développements. Imaginez que vous mettez cela en RTx et je peux vous garantir que, dès lors que les RTx sont à même de prendre cette compétence, vous divisez par 2 la facture pour nous. Il y a 250 M€ qu’on dégage pour faire des choses ici en Europe de l’Ouest.

C’est de la sous-traitance, c’est-à-dire des choses qu'on a considéré n'étant pas du core business de Renault. Plutôt que de le laisser dans la poche des sous-traitants de l'Europe de l'Ouest, c'est le réintégrer au sein des RTx avec l'opportunité d’avoir toute la souplesse que l’on a quand on a intégré une activité. »

Cette intervention parle d’elle-même et il n’y a pas beaucoup de commentaires à rajouter pour comprendre que les prestataires ont été les intérimaires de l’ingénierie. Et qu’après avoir utilisé leurs compétences lorsque Renault en avait besoin, ils sont aujourd’hui jetés comme de vulgaires des kleenex. Dans le même ordre d’idée, l’intervention de M.PROST qui nous dit qu’il n’est pas patron de ces salariés et donc qu’il se sent en rien redevable envers ces salariés, mais uniquement envers leur patron…

Les conséquences humaines des choix de la direction

En ce moment, c’est tous les jours que l’on apprend, secteur par secteur, UET par UET, le départ ou le non renouvellement de contrat de prestataires.

Mais ce que l’on ressent également c’est que pour notre direction, la prestation, ce n’est pas des gens, ce ne semble pas être des personnes physiques avec des compétences, de l’expérience, une existence…Non, la prestation, pour la direction, aujourd’hui c’est un budget et uniquement cela. Si les salariés Renault sont des ETP, ce qui n’est pas forcément toujours facile à entendre, les prestataires, ne sont même pas cela. Ils sont une simple ligne dans un budget qu’il va falloir diminuer…

Cette conception uniquement comptable de la prestation a des conséquences directes et déplorables sur les salariés prestataires concernés. Nous avons reçu un témoignage d’un prestataire qui pose bon nombre de questions et qui résume bien la situation et le ressenti de ces salariés dans la période actuelle.

« Il ne s'agit pas d'interrogations sur mon avenir à moi, mais des interrogations générales concernant le devenir de la prestation chez Renault. Suite au plan de départs volontaires mis en place par Carlos Ghosn pour réduire les effectifs, l'alternative proposée n'intéresse que très peu les Renault. 

 

"La variable d'ajustement" va donc être la prestation. Je me sens donc complètement concerné par cette crise et refuse d'être qu'un chiffre, une variable, alors qu'il s'agit de personnes.  Les personnes qui travaillent chez Renault Lardy ont imaginé leur avenir dans la région, ont acheté des biens immobilier, ont construit leur vie ici. Et Renault décide de mettre un terme à tout ça, sans nous prévenir, sans nous consulter, et ils vont attendre la dernière minute pour nous dire que les contrats ne seront pas renouvelés pour 2009 !

C'est injuste, et pour nous, salariés, et pour notre entreprise qui s'est engagée. Se retrouver avec trop de personnes en inter contrat c'est pas gérable pour notre boite.

C'est cette situation qui me ronge… je refuse d'être qu'une simple variable, que nous soyons qu'un chiffre.  Je refuse que Renault décide de nous mettre à la porte alors qu'ils ont besoin de nous. Je sais qu'en étant prestataire, on n'est qu'un fusible, mais là il s'agit de beaucoup de personnes de notre boite sur le site de Lardy concernée par ces départs "involontaires" au final.

C'est trop facile de faire payer à chaque fois les plus petits, pour une fois, je voudrai que cette course au profit cesse. »

On a aussi d’autres échos qui nous parviennent de prestataires. Certains ont trouvé une autre mission et déçu de l’attitude de Renault l’expriment avec quelque humour lors de leur départ :

« Je tiens à vous remercier pour cette année riche en expérience, pour votre accueil et votre temps. Maintenant bien armé, je peux partir à la concurrence. Merci »

« C'est mon dernier jour sur votre site et donc chez Renault. J'y ai appris beaucoup au cours de ces 5 ans sur l'EMS2010. Je pars pour de nouvelles aventures chez votre concurrent...Merci. »

Mais pour beaucoup d’autres la situation est moins rose et les perspectives plus sombres. Pour certains qui travaillent depuis des années à Lardy, plus de 10 ans parfois, on vient de leur annoncer quasiment du jour au lendemain qu’ils vont devoir partir. On est à quelques jour de la fermeture du centre de fin d’année et il y a un grand nombre de prestataires qui ne savent toujours pas ce qu’ils vont faire le 5 janvier ni où ils vont travailler parce que Renault n’est pas en mesure de leur dire si leur contrat est renouvelé ou pas. Bonjour les fêtes de fin d’années… !

Mais aussi il y a de fortes inquiétude sur les questions d’avenir pour ces prestataires car si leurs entreprises ont commencé à leur trouver de nouvelles missions, cela commence à atteindre des limites vu la rapidité des décisions de Renault. Il n’est pas forcément facile de recaser quasiment du jour au lendemain des dizaines de salariés en particulier dans la période actuelle.

Encore une fois, ces conséquences de la politique de Renault, ce sont ces salariés prestataires qui risquent de les payer. Et de les payer le prix fort en se retrouvant tout simplement sur le carreau et sans travail demain. Sans parler de l’état moral et psychologique que cette situation fait régner et qui nous a obligé à demander un CHSCT Extra tout dernièrement sur le sujet des risques psychosociaux sur notre site de Lardy.

Les conséquences sur l’activité des salariés Renault

Quelques exemples qui nous ont été remontés par des salariés :

« A la DIV dans notre UET de 7 Renault et 7 prestataires, début janvier dans le meilleurs des cas, il ne restera qu’un seul prestataire en janvier…Et encore ce n’est pas sûr. Notre chef d’UET est très inquiet et ne sait plus comment il va faire... Et qui est-ce qui va faire le travail qui reste alors que l’on est déjà surchargé ? »

« Aux contrôle boites de vitesse, le seul prestataire qui connait la mise au point passage de vitesse sur VH n’est pas repris… conséquence, on risque de prendre un an de retard pour reformer un Renault sur les outils et les méthodes mises en place par ce prestataire qui partent avec lui ?!!! »

« Aux bancs moteurs, la boite de prestataires va encore changer… les prestataires présents faisaient bien leur boulot, rien à leur reprocher, tout allait bien car ils avaient été formées, intégré dans l’entreprise. Sauf que la direction a trouvé moins cher… ça va être le bazar mais le seul truc au final qui compte pour la direction, c’est que ça coûte moins. Alors tout va être encore une fois remis par terre, il va falloir reformer tout le monde et combien ça va couter en fait au final ces changements incessants de boites de prestation ? On a vraiment l’impression que la direction ne voit qu’à court terme et que tout se joue sur des questions de fric…»

Ces quelques exemples montrent quelles conséquences ont les choix de la direction sur notre entreprise en terme de désorganisation du travail, de perte de temps et d’énergie à former des salariés qui ne font que passer dans l’entreprise et vont ensuite utiliser leurs connaissances chez nos concurrents ou encore de perte des métiers et des connaissances de l’entreprise en parfaite contradiction avec les « objectifs » de renforcer le métier.


 

Des réactions de la part des prestataires

Bien souvent dans ces entreprises de prestataires, pas d’organisation syndicales pour aider et soutenir les salariés. Et les salariés se retrouvent livrés à eux même ne sachant pas comment faire pour se défendre face à ce qui leur tombe sur la tête ou comment s’organiser pour y répondre. Pourtant depuis quelques temps, des réactions commencent à se manifester, des contacts se nouent, des prestataires nous interpellent ou viennent nous voir au syndicat.

Du côté de la CGT Lardy, nous avons travaillé à créer un réseau des contacts avec nos collègues CGT dans différentes boites de prestations. On est pour le moment en relation avec la CGT ALTRAN, ALTEN, TEUCHOS, POLYMON, AVENANCE, TFN. C’est un début mais pour la CGT il nous parait essentiel de pouvoir se donner les possibilités de travailler ensemble sur des sujets et des problématiques qui concernent tous les salariés d’un site.

La CGT Lardy, c’est la CGT de tous les salariés qui travaillent sur le site, c’est un syndicat ouvert à tous et à toutes les catégories. Nos syndiqués, ce sont de Renault mais aussi des prestataires

Nous proposons aux salariés prestataires qui le souhaitent de nous contacter rapidement pour essayer de créer un réseau de connaissances et de s’organiser ensemble Renault, prestataires pour pouvoir ensemble faire face aux choix et aux politiques mises en place par Renault.

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